La diversité culturelle

Le french flair : Longtemps, les Britanniques ont regardé les Français avec une condescendance qui ne tient qu’aux sujets de sa gracieuse majesté. Ils nous battaient toujours et s’amusaient de notre capacité à nous lancer dans des mouvements imprévisibles et absents de tous les livres des techniciens d’outre-Manche. Ils ont donc appelé ces fantaisies parfois suicidaires le French flair. Dans le professionnalisme uniformisateur, ces coups de génie repointent de temps à autres le bout de leur nez, et les Néo-Zélandais s’en méfient plus que d’une alliance de l’opossum et du furet.

«Good game» : Sort de la bouche de l’Anglais qui, sourire en coin et œil brillant, vient de vous battre et rejoue le couplet du gentleman de salon. «Thank you and good game», comprendre, «c’est pas encore pour cette année, mangeur de grenouille». A hanté les nuits de pas mal d’internationaux français. Serait une légende.

Le fighting spirit irlandais : Jusqu’au tournant du millénaire, les Irlandais tenaient le rôle de parent pauvre du rugby européen. Ils étaient l’équipe sympa avec qui on buvait une bière après l’avoir battue. Mais gagner en Irlande n’a jamais été une partie de plaisir et les hommes en vert ont longtemps compensé leur déficit de qualité par un surplus d’agressivité. Ce fighting spirit a rendu des premiers quarts d’heure bien longs, a lessivé nombre d’adversaires, et entretenu l’honneur d’un peuple où les renégats sont des idoles.

La grinta argentine : Déclinaison sudiste du fighting spirit. Les Argentins ont toujours compensé des qualités techniques moyennes par un esprit de corps et une agressivité supérieures. Sous-entendu, si vous les prenez à la légère, vous allez prendre cher. Les Français, qui sont leurs cibles favorites, en savent quelque chose.

 

A la télé…

La belle à l’aile, la vie est belle : Une des vieilles expressions ressorties à l’envie par nos commentateurs télé. On part du principe qu’en envoyant le ballon vers les ailiers, celui-ci va partir vers de folles chevauchées solitaires et finir en terre promise.

Les mouches ont changé d’âne : En football, ça donnerait «le match a changé d’âme». On préfère l’expression popularisée par Pierre Albaladejo. Dans la vraie vie, les mouches changent d’âne quand un vieux bourricot, trop faible pour résister, vit ses derniers instants. Il constitue alors une proie facile pour les insectes. En rugby, les mouches changent d’âne quand l’équipe en tête perd soudainement son avantage.

La cabane est tombée sur le chien : Lorsqu’une équipe lutte avec l’espoir de revenir au score et que la victoire n’a pas encore choisi son camp, un coup de dés peut décider du sort de la partie. L’essai en contre et l’interception sont les deux coups de poignards les plus probables. On dit alors, comme Pierre Albaladejo (encore) que «la cabane est tombée sur le chien», que tout espoir est perdu, que «ça sent le sapin», c’est-à-dire le cercueil de la défaite.

Allez les petits ! : On vous parle d’un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Avant que Pierre Salviac et Christian Jeanpierre (RIP) ne deviennent les voix du rugby, il y eut Roger Couderc. Le journaliste d’Europe 1 et Antenne 2 a largement contribué à populariser le rugby dans les années 60-70 avec ses commentaires enthousiastes et gentiment chauvins. Son «Allez les petits» et la remise du maillot ensanglanté de Jean-Pierre Rives restent dans les mémoires.